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Youssef Chraïbi, l'entrepreneur qui bâtit Outsourcia

Youssef Chraïbi, l'entrepreneur qui bâtit Outsourcia

Youssef Chraïbi est le fondateur et le président du groupe Outsourcia, opérateur marocain d'externalisation de services né à Casablanca en 2003. Sa trajectoire se lit comme un contre-exemple : ce n'est pas un manager devenu entrepreneur, mais un entrepreneur qui a appris à diriger une organisation de plusieurs milliers de collaborateurs, sur quatre continents, en empochant très tôt les leçons de la bulle internet. Du Lycée Lyautey à HEC Paris, de Marketo.com aux sites de production de Casablanca, d'Évreux et d'Antananarivo, son parcours raconte comment un marché se construit avant de se défendre.

Youssef Chraïbi : un entrepreneuriat commencé avant la trentaine

Né le 21 avril 1976 à Casablanca, Youssef Chraïbi fait ses études secondaires au Lycée Lyautey, puis prépare les grandes écoles à l'IPESUP avant d'entrer à HEC Paris, dont il sort lauréat du programme grande école en management international.

C'est pendant ses études qu'il co-fonde, en 1999, à 24 ans, Marketo.com, l'une des premières places de marché B2B en France. Le projet lève 10 millions d'euros auprès du fonds Europe@web, adossé à Bernard Arnault, et se retrouve au cœur de la première vague internet. Il est cédé à Vivendi en 2001. La séquence est d'une valeur pédagogique rare : en deux ans, Youssef Chraïbi passe du montage d'une plateforme à sa cession, en traversant une phase d'euphorie financière qui a emporté nombre de ses concurrents.

Il enchaîne ensuite avec des missions de conseil dans les télécoms, chez Orange et Bouygues Telecom — un passage qui lui donne à la fois la culture du service aux usagers et le goût des opérations à grande échelle.

Outsourcia, la machine opérationnelle bâtie par Youssef Chraïbi

En 2003, Youssef Chraïbi crée Outsourcia à Casablanca, avec un associé, Franck Polizzi, et un capital de départ constitué de leur épargne. L'entreprise démarre comme cabinet de conseil orienté vers l'externalisation, avant que son fondateur ne choisisse la voie plus exigeante de l'opérationnel : plutôt que recommander à ses clients de sous-traiter, il construit une structure capable d'exécuter elle-même les prestations.

Le premier métier est la gestion de la relation client à distance — des centres d'appels multilingues, ouverts aux clients français et marocains. Puis la société élargit son périmètre : externalisation de processus métiers, dite BPO, services numériques, études de marché, et plus récemment services médicaux externalisés. Rentable dès ses premières années, Outsourcia a bâti sa croissance sur une logique de sites de production, à distance courte et à distance longue, plutôt que sur la sous-traitance pure.

Aujourd'hui, le groupe revendique plus de 4 000 collaborateurs répartis entre le Maroc, la France, Madagascar et la Tunisie — environ 4 300 selon le récit publié par HEC Stories, plus de 4 500 selon le profil public du président — et un chiffre d'affaires de l'ordre de 60 millions d'euros, servi dans une dizaine de langues. La liste des clients cite des enseignes comme Renault, TotalEnergies, Orange, Manutan, Veepee ou encore CDiscount. Ces chiffres datent de publications récentes et évoluent vite : ils donnent un ordre de grandeur, pas un audit.

Une organisation de cette taille se juge d'abord à sa capacité à faire travailler ensemble des équipes éloignées et culturellement différentes. C'est précisément le sujet des articles consacrés à la cohésion d'équipe, dont la lecture accompagne bien ce portrait.

Une croissance construite par acquisitions et par la technologie

Outsourcia a grandi par étapes, en rachetant des compétences qu'elle n'avait pas en interne. En 2010, elle s'installe en France en acquérant l'opérateur As-com, puis ouvre un site de production à Évreux en octobre 2011. Elle rachète Alias Community, agence digitale spécialisée dans les médias sociaux, se lance en Afrique subsaharienne avec un site au Niger en 2015, prend une participation majoritaire dans Scemi à Madagascar en 2016 — alors une société de 650 personnes — et intègre Simplify, éditeur de solutions de secrétariat médical, en 2019.

Le mouvement s'accélère encore récemment : entrée en Tunisie avec le groupe PhoneAct, puis, en mars 2025, acquisition de la société française SoMezzo, présentée comme la sixième acquisition du groupe. Cette stratégie dite « acquérir et migrer » est accompagnée par des partenaires financiers — AfricInvest, puis SPE Capital depuis 2022. En parallèle, Youssef Chraïbi affiche la création, en 2024, d'un laboratoire dédié à l'intelligence artificielle générative appliquée à l'expérience client.

Ce qui frappe dans cette séquence, c'est la cohérence du sujet : chaque acquisition ajoute un métier — réseaux sociaux, santé, médias — sans quitter le socle de l'externalisation. Pour les dirigeants marocains qui envisagent une croissance externe, la leçon n'est pas d'acheter, mais d'acheter avec une intention claire et un plan d'intégration. Le même raisonnement vaut pour la diffusion interne d'un outil : la facturation électronique au Maroc par exemple ne se déploie jamais seule, elle s'accompagne d'une conduite du changement.

FMES : défendre un secteur qui emploie 150 000 personnes

À côté de son entreprise, Youssef Chraïbi porte une responsabilité sectorielle. En janvier 2010, il devient président de l'Association Marocaine de la Relation Client, créée en 2003. Cette association est ensuite absorbée par la Fédération Marocaine de l'Externalisation des Services, organisation statutaire au sein de la CGEM dont il assure la présidence — une fonction qu'il exerce depuis 2016 selon son profil public.

La FMES rassemble les acteurs du CRM, du BPO et du KPO, représente le secteur auprès des pouvoirs publics et accompagne les opérateurs. L'externalisation est l'un des cinq métiers dits « mondiaux » du Maroc : plus de 300 acteurs, 120 000 emplois en 2019 selon les données du secteur, et une présence de la fédération dans huit régions sur douze. Les estimations les plus récentes portent la main-d'œuvre du secteur à près de 150 000 personnes.

Youssef Chraïbi a été amené à défendre cette industrie lors des restrictions françaises sur le démarchage téléphonique : il a estimé l'emploi exposé à environ 10 000 postes sur 150 000, face à plus de 15 000 créations annuelles, en soulignant que le secteur s'est tourné vers des prestations plus complexes, mêlant technologie, IA et expertise humaine. Une position de dirigeant sectoriel autant qu'entrepreneur.

PériodeStructureRôle de Youssef Chraïbi
1999-2001Marketo.comCo-fondateur, marketplace B2B cédée à Vivendi en 2001
2001-2003Orange, Bouygues TelecomMissions de conseil dans les télécoms
Depuis 2003Groupe OutsourciaFondateur et président
2010-2021AMRCPrésident de l'Association Marocaine de la Relation Client
Depuis 2016FMESPrésident de la Fédération Marocaine de l'Externalisation des Services
ParallèlementÉcosystème tech marocainBusiness angel auprès de jeunes sociétés technologiques

Questions fréquentes sur Youssef Chraïbi

Qui est Youssef Chraïbi ?

Youssef Chraïbi est un entrepreneur marocain né à Casablanca en 1976, diplômé d'HEC Paris. Co-fondateur de Marketo.com à la fin des années 1990, il crée le groupe Outsourcia en 2003 et en demeure le président. Il préside également la Fédération Marocaine de l'Externalisation des Services.

Que fait Outsourcia exactement ?

Outsourcia est un opérateur d'externalisation : gestion de la relation client à distance (centres de contact multilingues), externalisation de processus métiers (BPO), services numériques et services médicaux externalisés. Le groupe opère depuis des sites de production au Maroc, en France, à Madagascar et en Tunisie, pour des clients internationaux de la grande consommation, de l'énergie et de l'automobile.

Quel est le rôle de Youssef Chraïbi au sein de la FMES ?

En tant que président de la Fédération Marocaine de l'Externalisation des Services, Youssef Chraïbi représente les opérateurs marocains d'externalisation auprès des pouvoirs publics et des partenaires étrangers, et porte la position du secteur sur les questions réglementaires, comme il l'a fait lors des restrictions françaises sur le démarchage téléphonique.

À retenir : le parcours de Youssef Chraïbi illustre une voie peu courante dans le management marocain — celle de l'entrepreneur-opérateur, formé en France, revenu bâtir une industrie de services à Casablanca, et devenu à la fois chef d'entreprise de plusieurs milliers de personnes et représentant d'un métier entier.

Vous dirigez une structure en croissance : quelle compétence devriez-vous acquérir de l'extérieur plutôt que de la construire à l'interne ?

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise