Saviu Ventures est un fonds de capital-risque lancé en 2017, géré depuis Abidjan, Dakar et Paris, et domicilié à Maurice. Il investit de 500 000 à 3 millions d'euros par dossier, du seed à la Série A, avec une forte concentration sur l'Afrique francophone. Aucune société marocaine n'est officiellement nommée dans son portefeuille, même si le Maroc figure dans sa zone.
D'où vient Saviu Ventures
Saviu Ventures a été lancé au printemps 2017 par Arthur Thuet, ancien cadre du groupe Jumia, et Benoit Delestre, entrepreneur à l'origine de deux sociétés de fintech vendues. Le premier geste du fonds fut inhabituel : plutôt que de se limiter à écrire des chèques, l'équipe a co-créé une startup de logistique en Côte d'Ivoire, Kamtar, qui connecte des chauffeurs informels à des expéditeurs.
La maison s'est ensuite professionnalisée autour de deux managing partners, Benoit Delestre et Samuel Touboul, ce dernier issu du capital-risque et du private equity, épaulés par Cynthia Mandjek, passée par Eurazeo et Orange Ventures. L'équipe compte une dizaine d'investisseurs et d'opérateurs entre Abidjan, Dakar et Paris.
Le point juridique compte plus qu'il n'y paraît : Saviu Ventures gère ses fonds depuis Maurice, et a obtenu en 2023 l'agrément de l'autorité des marchés financiers mauricienne pour Saviu II et sa société de gestion. C'est l'un des rares gestionnaires de capital-risque indépendants et pleinement régulés de l'Afrique de l'Ouest francophone.
Stratégie et modèle d'accompagnement
La proposition de valeur de Saviu Ventures tient en une phrase : rendre les startups africaines prêtes pour la Série A, puis leur ouvrir les portes des fonds plus importants. Le constat derrière est ancien : le marché est plein de fonds de Série A et plus, très peu de fonds de seed professionnels, alors que c'est là que se joue la préparation.
Concrètement, l'accompagnement porte sur le développement commercial, le recrutement, l'expansion internationale et la préparation de la levée suivante. Le fonds travaille sur un nombre volontairement limité de sociétés, ce qui explique un portefeuille concentré et une implication réelle auprès des équipes.
Le fonds se dit sector agnostique. La réalité du portefeuille est plus précise : forte présence en fintech, avec des positions en santé, éducation, climat et commerce en ligne. La ligne directrice reste la même partout : des sociétés technologiques ou aidées par la technologie, avec un modèle réplicable dans plusieurs pays africains.
Tickets et stades d'intervention
Les deux fonds n'ont pas les mêmes grilles. Saviu I, premier véhicule de 10 millions d'euros, entièrement investi, écrivait des tickets de 50 000 à 850 000 dollars. Saviu II, en cours de déploiement, monte en gamme : 500 000 à 3 millions d'euros par dossier, en lead ou en actionnaire minoritaire de référence.
| Fonds | Taille annoncée | Ticket | Stade | Villes de l'équipe |
|---|---|---|---|---|
| Saviu I | 10 M€, entièrement investi | 50 000 à 850 000 $ | Seed | Abidjan, Paris |
| Saviu II | 25 M€ à la deuxième clôture, 30 à 50 M€ visés | 500 K€ à 3 M€ | Seed à Série A | Abidjan, Dakar, Paris |
La collecte de Saviu II progresse par étapes : première clôture à 12 millions d'euros en 2023, portée à 25 millions d'euros avec l'entrée de Proparco, de Triple Jump pour le Dutch Good Growth Fund et du groupe AXIAN. La FISEA a également soutenu le véhicule, et la Banque africaine de développement a approuvé en février 2026 une enveloppe de 6,5 millions d'euros, le plus gros engagement unique de développement reçu par un fonds de capital-risque tourné vers l'Afrique francophone. La cible finale est de 30 à 50 millions d'euros.
Le portefeuille de Saviu Ventures
Le portefeuille illustre la thèse mieux que tout discours. Julaya, la néobanque d'entreprise ivoirienne présente aussi au Sénégal et au Bénin, a signé la plus grosse levée de la Côte d'Ivoire en 2022 avec 5 millions de dollars, Saviu siégeant au board. Paps, la plateforme logistique sénégalaise, a levé 4,5 millions de dollars en Série A. WorkPay, le spécialiste de la paie kenyan passé par Y Combinator, s'est étendu à la Côte d'Ivoire et au Cameroun. Anka, anciennement Afrikrea, a été cédée après un investissement de l'IFC, et Lapaire, l'enseigne d'optique, a livré une sortie multiple. On y trouve aussi Waspito, la santé numérique camerounaise, et Seekewa, l'agritech ivoirienne.
Plus de 20 sociétés composent le portefeuille de Saviu II, avec 83 % du capital déployé dans des marchés francophones. La répartition sectorielle s'élève autour d'un tiers en fintech et d'une part significative en logiciels d'entreprise.
Le Maroc dans la zone de Saviu Ventures
Voici ce que disent les sources, sans en rajouter. Dès 2020, son managing partner décrivait un portefeuille dont les sociétés opèrent au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Maroc, au Kenya et à Maurice. Les sources récentes situent l'essentiel du capital en Afrique francophone, entre 70 et 83 % selon les périodes, sans nommer de société marocaine.
La prudence s'impose donc : Saviu Ventures est ouvert au Maroc, mais aucun investissement marocain nommé n'est documenté. La porte existe, elle se franchit avec un dossier qui parle le langage du fonds : traction francophone, réplicabilité, préparation sérieuse à la Série A. Deux ressources de ce site aident à préparer ce passage : notre fiche sur Innov Invest Risk détaille le dispositif public d'amorçage marocain, et notre fiche sur Startup Venture Building présente le programme de structuration opérée par des accélérateurs internationaux.
Comment candidater depuis le Maroc
Saviu Ventures accepte les candidatures directes, ce qui le distingue des fonds qui ne fonctionnent qu'à l'introduction. Un dossier solide contient trois éléments : une traction répétée sur au moins deux marchés africains, une économie unitaire qui tient à l'échelle, et un plan de levée de Série A daté. Le fonds regarde aussi la composition de l'équipe, son accompagnement portant sur le recrutement autant que sur le commercial.
Une particularité utile : le fonds siège à Abidjan, Dakar et Paris. Une équipe marocaine qui parle français, connaît la Côte d'Ivoire et le Sénégal, et démontre une expansion francophone crédible entre dans son modèle. L'éloignement géographique n'est pas un frein, l'absence de trajectoire multilingue l'est.
Préparez aussi la domiciliation : des fonds gérés depuis Maurice investissent en filiale marocaine ou directement, selon le montage. Valider la structure avec un conseil juridique avant la due diligence évite les mauvaises surprises.
Limites et précautions
Le ticket de Saviu I était modeste, et une partie des opérations récentes porte la marque de ce modèle : des chèques qui valident et structurent plus qu'ils ne financent une phase de croissance complète. Une startup qui a besoin de 10 millions de dirhams tout de suite ne trouvera pas ici une réponse immédiate.
Autre limite : la concentration. Le fonds choisit peu de sociétés et s'implique beaucoup. C'est un avantage pour celles qui sont retenues, mais cela implique des taux de rejet élevés et des décisions qui s'étirent lorsque plusieurs investisseurs institutionnels sont impliqués.
Questions fréquentes
Saviu Ventures investit-il au Maroc ?
Le Maroc figure dans la zone de couverture du fonds depuis ses débuts, et ses sociétés du portefeuille y opèrent selon les déclarations de son équipe. En revanche, aucun investissement marocain nommé n'est officiellement documenté. Un dossier marocain est recevable, il sera évalué sur ses mérites.
Quels tickets Saviu Ventures écrit-il aujourd'hui ?
Le second fonds, Saviu II, intervient de 500 000 à 3 millions d'euros par dossier, du seed à la Série A, en lead ou en actionnaire minoritaire de référence. Le premier fonds écrivait des tickets de 50 000 à 850 000 dollars.
Combien de temps prend une décision d'investissement ?
Le processus comprend une lecture de dossier, des entretiens avec l'équipe, puis une due diligence sur les chiffres, la structure juridique et les références clients. Comptez plusieurs semaines, davantage lorsque le dossier implique plusieurs juridictions.
En résumé
Saviu Ventures est l'un des rares fonds de seed professionnels et régulés actifs sur l'Afrique francophone, avec une équipe qui accompagne réellement et une collecte institutionnelle confirmée en 2026. Sa porte est ouverte au Maroc, sans investissement local nommé connu. La question qui vous revient : votre startup a-t-elle une traction francophone crédible, sur au moins deux marchés ? Et vous, quels deux marchés pourriez-vous démontrer aujourd'hui ?