AI

Maroc IA 2030 : le Royaume passe de la stratégie à l’action

1. Une nouvelle étape pour l’intelligence artificielle marocaine Le Mardi 8 Septembre 2026 a Rabat, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration a dressé un bilan d’étape de la feuille de route « Maroc IA 2030 ». Il y a aussi dévoilé plusieurs outils et solutions déjà prêts. Le message est clair : la stratégie nationale d’intelligence artificielle ne se limite plus à des intentions, elle entre dans sa phase d’exécution. Ce virage s’appuie sur les orientations royales, qui encouragent l’investissement dans l’IA, les technologies émergentes et les énergies renouvelables, présentés comme des moteurs d’un développement durable. Pour les autorités, l’IA n’est donc pas un simple sujet technologique : c’est un choix de modèle économique. 2. Une ambition affichée : être acteur, pas spectateur La ministre déléguée, Amal El Fallah Seghrouchni, a rappelé que les Assises nationales de l’IA, tenues en juillet 2025, ont posé les bases d’une intelligence artificielle « souveraine, responsable et inclusive ». La feuille de route « AI Made in Morocco » en est la traduction concrète. La stratégie a été dévoilée lors d’une journée dédiée organisée le 12 janvier à Rabat. ledesk Sa ligne directrice tient en une phrase : refuser de subir la révolution de l’IA et en assumer la maîtrise. Le pays veut développer ses propres capacités, tracer sa propre trajectoire et en faire profiter l’économie comme les citoyens. Le mot « souveraineté » revient sans cesse, au sens d’une maîtrise des données, des infrastructures et des compétences. 3. Trois objectifs chiffrés à l’horizon 2030 Le cap est fixé autour de trois cibles : 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée au PIB, soit environ 11 milliards de dollars ; osiris 50 000 emplois directs et indirects ; 200 000 talents formés ou certifiés, avec une initiation à l’IA dès l’enfance. Pour situer l’enjeu, PwC estime que l’IA pourrait générer près de 15 700 milliards de dollars de valeur dans l’économie mondiale d’ici 2030. Le Maroc vise une part modeste mais stratégique de ce gâteau, en se positionnant comme un acteur de référence régional et africain. osiris La feuille de route repose sur trois socles : la souveraineté et la confiance, l’innovation et la compétitivité, puis l’impact, l’adoption et le rayonnement. Dix programmes structurants viennent les décliner. 4. Les Instituts JAZARI : le moteur de la recherche Le réseau des Instituts JAZARI constitue le bras opérationnel de la recherche et de l’innovation. Il comprend quatre composantes : JAZARI ROOT, noyau fédérateur de l’écosystème, officiellement lancé en janvier ; JAZARI Smart City, tourné vers les villes intelligentes ; JAZARI EduTech, dédié à l’éducation et à la formation ; JAZARI Industrie X.0, pour l’industrie du futur. Ces pôles de R&D doivent être déployés dans les douze régions du Royaume, ce qui répond à un enjeu d’équité territoriale : l’IA ne doit pas rester l’affaire des seules grandes métropoles. La dimension internationale n’est pas absente : un laboratoire de R&D en IA de Mistral AI, associé au ministère, doit s’implanter au sein de JAZARI ROOT, signe de la volonté de nouer des partenariats de haut niveau. ledesk apanews (Insérer ici le graphique 1 : startups labellisées.) Cette montée en puissance s’inscrit dans la stratégie plus large « Digital Morocco 2030 ». Celle-ci prévoit de labelliser 3 000 startups, contre 380 en 2022, un terreau essentiel pour que les chercheurs, les entrepreneurs et les industriels transforment les idées en produits. wearetech 5. Une Marketplace souveraine de l’IA Autre pièce maîtresse : une place de marché nationale de l’intelligence artificielle. Elle est pensée comme un guichet unique donnant accès à des solutions d’IA utiles, simples et sécurisées, dans un cadre où les données restent protégées et l’infrastructure est maîtrisée sur le territoire marocain. L’intérêt est double. Pour les entreprises et les administrations, c’est un moyen d’adopter l’IA sans dépendre exclusivement de plateformes étrangères. Pour les développeurs et startups locales, c’est une vitrine et un débouché. Une telle place de marché peut aussi accélérer la diffusion des usages, souvent plus lente que la recherche elle-même. 6. Idarati AI : un assistant pour les démarches administratives Parmi les premières solutions mises en avant figure Idarati AI, un assistant d’IA « agentique ». Son rôle : informer, orienter et accompagner les usagers dans leurs démarches administratives. Concrètement, il doit éviter aux citoyens de se perdre dans la complexité des procédures, en les guidant pas à pas plutôt qu’en les renvoyant de guichet en guichet. Ce type d’outil s’appuie sur un terrain déjà préparé : le Maroc a déjà numérisé plus de 600 services publics, dont 300 destinés aux citoyens. L’assistant s’ajoute à cette base pour en améliorer l’accès et la lisibilité. wearetech 7. Méta-application et e-wallet : vers une administration intégrée La présentation a aussi porté sur une preuve de concept (POC) de la méta-application et du portefeuille électronique national. L’idée est de faire évoluer progressivement les services publics vers une logique centrée sur les parcours de vie et les besoins du citoyen, plutôt que sur les structures administratives. Cette approche suppose une administration plus intégrée et interopérable, où les services se parlent entre eux. L’usager n’aurait plus à fournir les mêmes documents à plusieurs reprises, et les démarches se simplifieraient. Le stade du POC rappelle toutefois que le déploiement à grande échelle reste à venir. 8. Un Livre rose pour raconter 70 ans de souveraineté Un Livre rose a également été présenté, intitulé « À la conquête d’une souveraineté numérique – 70 ans après, 1956-2026 ». Il retrace le passage du Maroc d’une logique d’usage à une logique de maîtrise, fondée sur ses propres actifs, institutions et écosystèmes. Le choix du calendrier est symbolique : soixante-dix ans après l’indépendance, la souveraineté numérique est présentée comme son prolongement naturel. 9. Une stratégie qui s’inscrit dans la durée « Maroc IA 2030 » ne vient pas de nulle part. La stratégie « Digital Morocco 2030 », lancée en septembre 2024, prévoyait déjà 240 000 emplois directs dans le numérique et une contribution de 100 milliards de dirhams au PIB. Elle fixait aussi des objectifs de formation : 100 000 jeunes qualifiés par an, contre 14 000 en 2022. hespress challenge (Insérer ici le graphique 2 : exportations du numérique.) Sur le volet commercial, les revenus d’exportation du numérique marocain atteignaient 17,9 milliards de dirhams en 2023, avec un objectif de 40 milliards d’ici 2030. L’IA vient donc renforcer une dynamique existante, en lui donnant un accélérateur et une identité propre. challenge 10. Les défis à relever Les ambitions sont élevées et plusieurs conditions devront être réunies : Les talents : former 200 000 personnes suppose des programmes solides, des enseignants qualifiés et la capacité de retenir les meilleurs profils face à la concurrence internationale. Les infrastructures : calcul, cloud souverain et connectivité sont indispensables pour que la souveraineté ne reste pas théorique. L’adoption : la valeur ajoutée annoncée dépendra de l’usage réel par les PME, l’industrie et les services publics, pas seulement de la qualité des outils. La gouvernance et la confiance : protection des données, éthique et transparence conditionneront l’acceptation de ces technologies par les citoyens. La coordination : la multiplication des stratégies et des programmes exige un pilotage cohérent pour éviter les doublons. À noter que les chiffres de 2030 sont des objectifs officiels, non des résultats constatés. Leur atteinte se jugera sur les réalisations des prochaines années. Conclusion Avec « Maroc IA 2030 », le Royaume entend dépasser la simple adoption de technologies importées pour bâtir une véritable capacité nationale de production, de maîtrise et de diffusion de l’intelligence artificielle. Les Instituts JAZARI, la Marketplace souveraine, Idarati AI et l’e-wallet esquissent un écosystème cohérent, de la recherche jusqu’au service rendu au citoyen. Le pari est ambitieux, mais il repose sur des fondations déjà posées. Reste à transformer les annonces en résultats mesurables : emplois créés, talents formés, entreprises équipées. C’est à cette condition que « AI Made in Morocco » deviendra une réalité économique et non un slogan.
R

Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise