Financement

Fonds Mohammed VI pour l'Investissement : le fonds souverain

Fonds Mohammed VI pour l'Investissement : le fonds souverain

Le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement est le fonds souverain du Royaume, créé par la loi n° 76-20 du 31 décembre 2020 et doté de 15 milliards de dirhams de capital social. Il ne signe pas de chèques d'amorçage : il finance des sociétés de gestion qui investissent à sa place. Gouvernance, leviers, tickets réels et accès pour une startup marocaine : voilà le tour.

Le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement en bref

Le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement est né d'un discours du Trône du 29 juillet 2020. Il a été créé par la loi n° 76-20 du 31 décembre 2020, complétée par le décret n° 2.21.67 du 19 février 2021. Formellement, c'est une société anonyme au capital de 15 milliards de dirhams, détenu à 100 % par l'État, soit environ 1,5 milliard de dollars.

Son premier directeur général était Mohamed Benchaâboun, ancien ministre de l'Économie et des Finances. Nezha Hayat, qui présidait l'Autorité marocaine du marché des capitaux, a pris ses fonctions de directrice générale en mai 2025. Le fonds est devenu opérationnel en 2023, avec la tenue de son premier conseil d'administration.

Gouvernance : un conseil d'administration et trois comités spécialisés (audit, stratégie et investissement, nomination-rémunération-gouvernance). Les décisions d'investissement sont tracées, avec un contre-pouvoir formel et une comptabilité séparée entre fonds d'État et véhicules gérés.

Stratégie et modes d'intervention

La mission affichée du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement est de stimuler l'investissement productif, de mobiliser des capitaux publics et privés, et de financer des projets qui renforcent la compétitivité de l'économie nationale. Quatre modes d'intervention structurent l'activité :

  • Des fonds thématiques et sectoriels, y compris des fonds dédiés à l'innovation et aux startups. C'est le levier le plus important, et celui qui concerne les entrepreneurs.
  • Des participations directes dans des projets à fort impact, souvent en partenariat avec des opérateurs industriels ou des investisseurs internationaux.
  • Des solutions de financement innovantes, dont la dette subordonnée, pour des entreprises qui ont un besoin d'effet levier sans vouloir céder de contrôle.
  • Un appui ciblé aux entreprises, sur le diagnostic et la structuration.

Le fonds fonctionne en effet levier : son propre capital n'est qu'une partie de l'argent qu'il met en mouvement. Sa direction générale résume la logique en une formule : des fonds publics qui amplifient des engagements privés.

Tickets, fonds gérés et instruments de dette

Sur les tickets, il faut être honnête : il n'existe pas de grille unique publiée. Les montants dépendent du véhicule par lequel vous passez. Ce qui est documenté, c'est la sélection de 14 sociétés de gestion, via l'appel à manifestation d'intérêt n° FM6i/AMI/01/23. Ces gestionnaires ont mobilisé près de 14,5 milliards de dirhams de capitaux nationaux et internationaux, auxquels s'ajoutent 4,5 milliards de dirhams apportés par le fonds lui-même. Total : 19 milliards de dirhams engagés, un effet multiplicateur supérieur à quatre fois l'argent public investi.

La répartition par secteur : trois fonds pour l'industrie, un pour l'agro-industrie, deux pour le tourisme, un pour le transport, et sept fonds généralistes segmentés par tickets cibles pour que les PME trouvent une offre adaptée à leur taille. Neuf gestionnaires sont nationaux, cinq internationaux ; les fonds sont domiciliés au Maroc, avec des équipes locales pour les étrangers.

InstrumentCe qui est financéTicketAccès
Fonds généralistes gérésPME et grandes entreprises, sept tranchesSelon le fondsVia les 14 sociétés de gestion
Fonds sectoriels gérésIndustrie, agro, tourisme, transport et logistiqueSelon le fondsVia la société de gestion du secteur
Dette subordonnée, programme CapAccessProjet viable, fonds propre insuffisant4 MMDH à mobiliserAMI FM6i/AMI.ENTR/01/26
Fonds Catalytique StartupsFonds d'amorçage et de capital-risque marocainsPerte en première ligneAppel du ministère du Numérique

Ce que le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement fait pour les startups

Pour une startup, le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement n'est pas un interlocuteur de premier contact. Il n'y a pas de formulaire "pitch au fonds souverain". Son rôle est d'être le bailleur en fonds propres des fonds qui, eux, investissent dans les startups. Si vous levez dans un fonds du dispositif, c'est lui qui a rendu possible une partie de son enveloppe.

Le point à suivre pour les fondateurs est le Fonds Catalytique Startups. Cet instrument découle d'une convention signée à Rabat le 21 novembre 2025 entre le ministère de la Transition numérique, le ministère de l'Économie et des Finances, le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement, la Caisse de Dépôt et de Gestion et Tamwilcom, dans le cadre de Digital Morocco 2030. Il repose sur un décret du 3 août 2026 et est géré par Tamwilcom. Le mécanisme est une perte en première ligne : l'argent public encaisse la première perte pour que des fonds privés entrent plus tôt et plus fort dans les startups.

Le même raisonnement vaut pour la dette subordonnée : CapAccess, annoncé en mai 2026, cible les entreprises dont le projet est viable mais dont le fonds propre ne suffit pas à convaincre les banques.

Comment s'y adresser depuis le Maroc

Deux portes d'entrée existent réellement. La première : si vous connaissez le gestionnaire derrière le fonds de votre secteur, vous adressez votre dossier au gestionnaire, pas au Fonds Mohammed VI pour l'Investissement. La seconde est l'appel à manifestation d'intérêt CapAccess, publié sur le site du fonds.

Pour préparer un dossier crédible : un business plan chiffré sur trois ans, une démonstration que votre projet génère des emplois durables, une structuration juridique propre, et une explication claire de l'effet levier de votre demande, à savoir combien d'autres investisseurs suivront si ce fonds entre.

Pour approfondir le montage, deux ressources de ce site : notre fiche sur le Fonds Catalytique Startups détaille la perte en première ligne, et celle sur le Maroc Numeric Fund II montre comment un fonds marocain lit un dossier.

Limites et précautions

Trois réserves s'imposent.

D'abord, les délais. Un fonds souverain appelle des comités, les comités s'alignent sur des calendriers, et un tour avec ce type d'argent n'a rien à voir avec la temporalité d'un seed. Si votre besoin est immédiat, ce n'est pas la bonne porte. L'accès passe d'ailleurs souvent par une introduction chaude : banque, incubateur ou pair.

Ensuite, la confusion entre enveloppe annoncée et argent réellement déployé. Les 19 milliards de dirhams cités sont des engagements sur la durée de vie des fonds gérés, pas une trésorerie disponible cette année. Les annuaires parlent parfois du fonds comme d'un investisseur qui écrit des chèques de 50 millions de dirhams et plus en capital-risque : aucune source officielle ne confirme une grille unique à ce niveau. La réalité est la segmentation par tickets des sept fonds généralistes.

Questions fréquentes

Le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement investit-il directement dans les startups ?

Pas en amorçage. Le fonds souscrit aux fonds des sociétés de gestion qu'il a sélectionnées, et intervient en direct sur des projets structurants. Une startup qui lève un seed s'adresse donc au gestionnaire du fonds concerné, ou au Fonds Catalytique Startups.

Quelle est la taille réelle du Fonds Mohammed VI pour l'Investissement ?

Le capital social initial est de 15 milliards de dirhams, intégralement détenu par l'État. En additionnant les capitaux privés mobilisés par les 14 gestionnaires retenus, le fonds indique avoir engagé 19 milliards de dirhams, avec un effet multiplicateur supérieur à quatre. Il vise par ailleurs à mobiliser des ressources auprès de l'IFC et de la BAD.

Comment savoir quel gestionnaire correspond à mon secteur ?

La liste des 14 sociétés de gestion est publiée sur le site du fonds : trois pour l'industrie, une pour l'agro-industrie, deux pour le tourisme, une pour le transport, sept généralistes découpés par taille de ticket. Lire la note du gestionnaire, puis ses participations existantes, reste la façon la plus rapide d'évaluer une adéquation.

En résumé

Le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement est la colonne vertébrale du capital-investissement marocain actuel. Il ne se substitue pas à vos investisseurs, il conditionne une partie de leur existence. Votre question la plus utile n'est donc pas "comment lever au FM6I", mais "lequel de ses véhicules correspond à ma taille et à mon secteur". Et vous, lequel des sept fonds généralistes cible votre secteur ?

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise