L'Agence nationale des ports du Maroc (ANP) et l'Agence française de développement (AFD) ont signé le mardi 3 novembre 2026, à Rabat, une déclaration conjointe qui débloque le troisième financement de leur partenariat stratégique. Le montant global annoncé s'élève à 100 millions d'euros, consacrés au développement des ports des provinces du Sud et à la transition environnementale des infrastructures maritimes du Royaume.
Le document a été signé par le directeur général de l'ANP, Mustapha Farès, et la directrice de l'AFD au Maroc, Catherine Bonnaud. La cérémonie a réuni le ministre de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, l'ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, et le directeur général de l'Agence nationale de gestion stratégique des participations de l'État, Abdellatif Zaghnoun.
L'accord AFD-ANP signé à Rabat
Le concours financier prend la forme d'un prêt non souverain bonifié, remboursable sur 13 ans et accordé sans garantie de l'État marocain. Il vient appuyer le programme d'investissement de l'ANP pour la période 2023-2030, qui regroupe les chantiers portuaires structurels du Royaume.
Cette enveloppe n'est pas tombée du ciel le 3 novembre. Le conseil d'administration de l'AFD, réuni le 21 mai 2026, avait déjà autorisé un prêt bonifié de 100 millions d'euros à l'ANP, complété par 13,2 millions d'euros de subventions sur fonds délégués de l'Union européenne, 1,8 million d'euros de prestation de services et 2 millions d'euros du Blue Mediterranean Partnership. L'ensemble finance le programme « ports verts et résilients », qui couvre des travaux dans des ports aussi divers qu'Essaouira, Safi, Agadir, Jorf Lasfar, Nador, Casablanca, Sidi Ifni et les ports du Sud.
Autrement dit, la signature de Rabat transforme une décision de crédit en chantiers concrets sur le terrain, avec des marchés à venir pour les entreprises du BTP, de l'ingénierie et de l'équipement portuaire.
Les quatre axes du financement AFD
Les 100 millions d'euros sont répartis sur quatre priorités, énoncées dans la déclaration conjointe :
- la réhabilitation et le confortement des infrastructures portuaires existantes, face à la dégradation des quais et à la montée des contraintes mécaniques sur les structures âgées ;
- le développement des énergies renouvelables et du dessalement d'eau non conventionnelle, pour alimenter les sites portuaires hors réseau ;
- l'extension et la modernisation des ports de pêche, un secteur qui emploie directement des milliers de familles sur la côte atlantique ;
- la décarbonation et l'électrification des quais, afin que les navires à quai réduisent leurs émissions en attendant la sortie du port.
Le volet environnemental n'est pas décoratif. L'ambassadeur de France Philippe Lalliot a rappelé, lors de la signature, l'urgence de prémunir les installations littorales contre la montée des eaux et les houles violentes. La côte marocaine a déjà payé : l'hiver 2025 a fragilisé la digue Moulay Youssef du port de Casablanca, une structure d'environ 120 ans.
Six ports des provinces du Sud sur la liste
Le financement accompagne des opérations précises à Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Boujdour, Dakhla et Lamhiriz. Nizar Baraka a présenté ces chantiers comme « pas une simple déclinaison géographique de nos projets portuaires », mais comme un moyen d'intégrer ces territoires à l'économie nationale et d'en faire des pôles de connectivité sur l'Atlantique.
Ces ports ne partent pas de zéro. Lamhiriz dispose déjà d'une station de dessalement alimentée par les énergies renouvelables, mise en service en 2025 dans le cadre de la décarbonation de l'ANP, tandis que des panneaux photovoltaïques ont été lancés à Casablanca, Jorf Lasfar, Agadir et Boujdour. Le nouveau financement prolonge cette dynamique sur des bases plus larges.
Ce que le financement change pour les entreprises
Trois effets directs se dégagent pour les acteurs économiques marocains.
Le premier est la commande publique. Les travaux de réhabilitation, d'électrification des quais et d'extension des ports de pêche passeront par des appels d'offres de l'ANP et de ses partenaires, au bénéfice des entreprises de construction, de manutention et d'équipement.
Le second concerne la logistique et l'export. Un trafic record accompagne la période : les ports gérés par l'ANP ont traité 102,4 millions de tonnes en 2025, en progression de 2,5 % par rapport à 2024, avec un bond de 46,1 % du cabotage. Les exportateurs y gagnent des quais plus fiables et des délais de rotation moins sujets aux aléas climatiques. Le secteur maritime national s'inscrit dans cette montée en charge, comme le montre l'extension du terminal de Nador West Med entré en service fin octobre 2026.
Le troisième effet est financier. Un prêt non souverain bonifié signifie que l'ANP emprunte à un coût réduit, sans que la garantie de l'État ne pèse sur le budget national. La charge du remboursement reste portée par les recettes de l'agence, dont le chiffre d'affaires a dépassé 2,99 milliards de dirhams en 2025.
Le programme d'investissement de l'ANP jusqu'en 2030
Ce troisième concours s'inscrit dans un cycle plus large. Le conseil d'administration de l'ANP a validé en janvier 2026 un programme d'investissement de 3,8 milliards de dirhams pour la période 2026-2028, axé sur la transition verte et numérique des ports. Le programme d'investissement 2023-2030, auquel s'ajoute l'argent de l'AFD, doit enchaîner réhabilitation des infrastructures, production d'électricité renouvelable sur site et modernisation des appareils de quai.
Pour une PME marocaine, la fenêtre est claire : les marchés liés à ces axes seront publiés au fil des exercices 2026 et suivants. Les opérateurs de ports de pêche, les prestataires de dessalement et les entreprises d'électrification ont intérêt à surveiller les publications de l'ANP. Le contexte régional joue aussi en faveur du pays : d'autres financiers s'engagent sur le même terrain, à l'image des 270 millions d'euros prêtés par la Banque africaine de développement à l'ONDA pour les aéroports, ou des 40 millions d'euros de la BERD pour la résilience climatique des ports en 2022.
Reste une inconnue : le calendrier exact des marchés. Ni la déclaration conjointe du 3 novembre ni le programme 2023-2030 ne publient de dates de lancement. Les entreprises intéressées devront suivre les avis de l'ANP pour convertir cette enveloppe en contrats.
Questions fréquentes sur le financement AFD des ports marocains
Quel est le montant du financement signé entre l'ANP et l'AFD ?
Le troisième financement du partenariat stratégique ANP-AFD, signé le 3 novembre 2026 à Rabat, porte sur un montant global de 100 millions d'euros. Il prend la forme d'un prêt non souverain bonifié de 13 ans, accordé sans garantie de l'État, et complète les subventions européennes déjà autorisées par l'AFD en mai 2026.
Quels ports des provinces du Sud seront concernés par les travaux ?
Six sites sont identifiés dans la déclaration conjointe : Tan-Tan, Tarfaya, Laâyoune, Boujdour, Dakhla et Lamhiriz. Les opérations portent sur la réhabilitation des infrastructures, l'extension et la modernisation des ports de pêche, ainsi que la production d'énergie renouvelable et de dessalement sur les sites portuaires concernés.
En quoi ce prêt bénéficie-t-il aux entreprises marocaines ?
Le financement déclenche des marchés de travaux et d'équipements pour le BTP, l'ingénierie et les services portuaires, tout en réduisant le coût d'emprunt de l'ANP. Des quais plus résilients et des quais électrifiés améliorent aussi la fiabilité des délais pour les exportateurs et les opérateurs logistiques, dans un trafic qui a atteint 102,4 millions de tonnes en 2025.