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Abdelmajid Iraqui : du financier de Michigan aux commandes de TAQA Morocco

Abdelmajid Iraqui : du financier de Michigan aux commandes de TAQA Morocco

Abdelmajid Iraqui n'a jamais été un industriel de formation. C'est un banquier, ou plus exactement un financier, devenu responsable d'une centrale électrique marocaine au milieu des années 2000, puis patron du groupe qui l'exploite. Presque vingt ans après avoir pris la direction de TAQA au Maroc, il dirige toujours TAQA Morocco, le producteur d'électricité et d'eau du Royaume, tout en préparant la plus grosse mutation de son histoire : passer de 2 à 8 gigawatts de capacité installée d'ici 2030.

Le parcours d'Abdelmajid Iraqui, de Detroit à Casablanca

Abdelmajid Iraqui Houssaini est titulaire d'un diplôme en finance et d'un MBA d'Eastern Michigan University, aux États-Unis. Il y commence sa carrière comme représentant financier chez Metropolitan Life Insurance, une assurance-vie américaine. Rien dans ce premier poste ne laisse présager qu'il finira par piloter une centrale thermique de plus de 2 000 mégawatts sur la côte atlantique.

Le basculement se produit en 1999. Il rejoint CMS Generation, un groupe de production d'électricité basé dans le Michigan, comme analyste senior. Le poste de directeur chargé du développement commercial arrive vite, avec la responsabilité financière des opérations marocaines du groupe. Il découvre alors l'électricité par le bilan, ce qui lui restera : même aujourd'hui, à la tête de TAQA Morocco, il présente lui-même les comptes aux journalistes et aux actionnaires.

En 2007, il est nommé country manager du groupe TAQA au Maroc. La même année, il devient président du conseil de surveillance de Takoradi International Company, une centrale à cycle combiné de 330 MW alimentée au gaz, au Ghana. C'est son premier contact avec les actifs du groupe émirati, qui l'amène en 2016 à prendre l'intérim du segment Power & Water de TAQA, un poste qu'il occupe jusqu'en 2020. Son périmètre alors : les producteurs d'eau et d'électricité du groupe aux Émirats arabes unis, aux États-Unis, à Oman, en Inde, en Arabie saoudite et au Ghana, sans oublier le Maroc.

Abdelmajid Iraqui à la tête de TAQA Morocco

TAQA Morocco est une société anonyme à directoire et conseil de surveillance, cotée à la Bourse de Casablanca, dont le siège social est implanté à côté de la centrale thermique de Jorf Lasfar, dans la province d'El Jadida. Le directoire exécute la stratégie validée par le conseil de surveillance ; au 31 décembre 2025, il compte six membres nommés pour six ans. Abdelmajid Iraqui en est le président du directoire, fonction qu'il exerce depuis son retour définitif au Maroc.

L'entreprise qu'il dirige est d'abord une affaire de charbon. La centrale de Jorf Lasfar dépasse les 2 000 MW de capacité installée et reste le cœur du modèle économique du groupe, même si la presse évoque un repositionnement progressif. TAQA Morocco publie régulièrement ses comptes, comme le prévoit son statut de société cotée : les résultats annuels 2025 ont été arrêtés par le directoire réuni le 24 mars 2026 sous sa présidence, puis présentés en conférence de presse le 1er avril.

Le groupe a aussi développé une activité renouvelable, regroupée depuis le troisième trimestre 2025 dans TAQA Morocco Green Energy, qui absorbe l'ancienne filière éolienne TAQA Morocco Wind Corporation. Pour le reste du pays, la question de la production d'électricité dépasse largement TAQA : elle traverse toute l'économie marocaine, du photovoltaïque à l'autoconsommation des entreprises, comme le décrit notre dossier Business solaire au Maroc : l'autoconsommation comme idée d'entreprise.

Les résultats 2025 sous sa présidence

Le bilan de l'exercice 2025 est mitigé, et la lecture qu'en fait Abdelmajid Iraqui assume ce côté en demi-teinte. Le chiffre d'affaires consolidé s'établit à 10 638 millions de dirhams, contre 10 878 millions un an plus tôt, soit une baisse de 2,2 %. Le groupe impute cette évolution à la révision mineure de l'Unité 6, à la hausse des prix internationaux du charbon et à l'appréciation du dirham face au dollar.

  • EBITDA : 3 199 MDH, en recul de 7,4 %
  • Résultat d'exploitation : 2 443 MDH, contre 2 633 MDH en 2024
  • Résultat net part du groupe : 981 MDH, contre 1 053 MDH
  • Marge opérationnelle : 23 %, avec un résultat financier amélioré de 8,2 %
  • Dette nette rapportée à l'EBITDA : 1,7x fin 2025, contre 1,6x un an plus tôt

Sur le semestre, au 30 septembre 2025, le chiffre d'affaires cumulé atteignait 7 957 MDH pour un résultat net de 885 MDH, en léger repli par rapport à 8 134 MDH et 997 MDH à la même date en 2024. Le directoire propose en revanche de distribuer 38 dirhams par action, en hausse de 3 %, ce qui tranche avec le recul des profits.

Les pairs de la place cotée offrent des contextes utiles : la logique d'un patronat industriel marocain qui tient ses marges tout en investissant, on la retrouve chez d'autres groupes familiaux ou industriels, comme l'illustre le portrait de Mostafa Terrab aux commandes de l'OCP.

La stratégie 2030 : de 2 à 8 GW

Le chiffre qui revient dans toutes ses interventions est celui-ci : 8 GW. Abdelmajid Iraqui vise un quadruplement de la capacité installée du groupe à l'horizon 2030, contre 2 GW aujourd'hui. Le mix annoncé se décompose en 4,8 GW d'éolien, 1,8 GW de cycle combiné gaz et le maintien des 2 GW de charbon existants.

À ce portefeuille électrique s'ajoute un volet eau, qui donnerait au groupe sa nouvelle raison d'être : 900 millions de mètres cubes d'eau dessalée par an répartis sur quatre stations, plus un projet de transfert de 1,2 milliard de mètres cubes par an entre le nord et le centre du Royaume. Reste le transport : un projet de liaison HVDC de 3 GW, sur deux tracés de 1 400 kilomètres chacun, est prévu pour acheminer l'électricité des provinces du Sud vers le centre.

Ce programme suppose des financements lourds. Le groupe a notamment levé 6,6 milliards de dirhams pour allonger l'échéancier de sa dette dans le cadre de sa stratégie à faible teneur en carbone, selon un communiqué qu'il a diffusé auprès des agences de presse. La question du coût de la transition n'est pas théorique pour Abdelmajid Iraqui : c'est elle qui décidera si les 8 GW seront construits ou simplement annoncés.

Sa façon de diriger les hommes de l'énergie

Dans une interview accordée à The CEO Magazine, Abdelmajid Iraqui revient sur ce qui, selon lui, distingue les compagnies énergétiques les unes des autres : la capacité d'exploitation. « Ce qui fait la différence, c'est l'operatorship », résume-t-il, avant de rattacher cette capacité à une culture d'excellence, à la formation et à la gestion des connaissances. Autrement dit, à du capital humain, pas à des machines.

C'est un patron qui a vu le charbon changer de statut sans jamais renier le métier qui l'a nourri. Il arrive en 1999 dans un secteur où le charbon est roi, et se retrouve vingt ans plus tard à défendre devant la presse un scénario où le gaz et l'éolien pèsent plus lourd que lui. Il a aussi cette particularité de venir de la finance, ce qui explique peut-être sa familiarité avec les ratios : dette nette/EBITDA, marge opérationnelle, dividende, il les manie sans intermédiaire.

Questions fréquentes sur Abdelmajid Iraqui

Quel est le poste d'Abdelmajid Iraqui aujourd'hui ?

Abdelmajid Iraqui Houssaini est président du directoire de TAQA Morocco, le groupe coté qui exploite la centrale thermique de Jorf Lasfar et développe des projets d'électricité et d'eau au Maroc. Il dirige l'entreprise depuis 2007 en tant que country manager du groupe TAQA, après avoir été de 2016 à 2020 acting CEO du segment Power & Water de TAQA au niveau mondial.

Quelle formation a suivi Abdelmajid Iraqui ?

Il est titulaire d'un diplôme en finance et d'un MBA d'Eastern Michigan University, aux États-Unis. Il a commencé sa carrière chez Metropolitan Life Insurance comme représentant financier, avant de rejoindre CMS Generation en 1999 en tant qu'analyste senior, puis directeur du développement commercial.

Quels sont les résultats de TAQA Morocco en 2025 ?

Le chiffre d'affaires consolidé de TAQA Morocco s'est établi à 10 638 millions de dirhams en 2025, contre 10 878 millions en 2024, avec un EBITDA de 3 199 MDH et un résultat net part du groupe de 981 MDH. La dette nette rapportée à l'EBITDA ressort à 1,7x, et le directoire propose un dividende de 38 dirhams par action, en hausse de 3 %.

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Redaction

Auteur chez Maroc Entreprise