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Le petit commerce résiste au paiement par carte

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Plus de 7 millions de cartes bancaires circulent au Maroc, selon les dernières statistiques du Centre monétique interbancaire (CMI). De même, les dépenses réglées par les porteurs de cartes locales auprès des commerçants affiliés au CMI ont progressé de 25% en 2010: 10,1 millions d’opérations pour un montant de 6,3 milliards de DH. En même temps, les règlements par les cartes étrangères au Maroc ont progressé de 24% (3,3 millions d’opérations) pour 5,6 milliards de DH. Néanmoins, les commerçants font toujours de la résistance face à ce mode de paiement. Pourquoi?

Selon plusieurs témoignages de quelques commerçants «rebelles», le prix moyen d’acquisition du terminal de paiement électronique (TPE) de 5.000 DH est l’une des premières explications de leur réticence. Un argument que rejette la direction du Centre monétique interbancaire. L’opérateur monétique met gratuitement le TPE à disposition du commerçant. Pour lui, c’est donc un faux argument que d’expliquer la réticence de certains commerçants par le prix du terminal. Au niveau international, la pratique générale est de louer le terminal au commerçant ou de le lui faire acquérir auprès de fournisseurs agréés.

La raison de cette réticence trouverait-elle alors son explication dans le taux des commissions versées au CMI? Pour le Centre monétique interbancaire, ce taux appliqué sur les opérations de paiement par cartes bancaires est variable, parce que fixé en fonction de deux critères: le secteur d’activité, «le CMI subit un coût variable en % sur le montant de la transaction» et le degré d’exposition du secteur d’activité aux cartes étrangères ferait aussi que l’opérateur subit un coût variable plus élevé pour les cartes étrangères comparativement aux cartes locales. Ce coût est composé d’une commission d’interchange réglementaire revenant à la banque émettrice de la carte et de frais de traitement revenant aux systèmes internationaux Visa et Mastercard. Ainsi, pour une carte étrangère, ce coût variable incompressible est de l’ordre de 2% - hors coûts TPE et de gestion -. Selon le CMI, pour une carte marocaine, ce coût variable est en général de 1%, hors coûts TPE et de gestion. En fonction donc de ces 2 paramètres, le taux de commission est défini par secteur en tenant compte du coût variable pondéré du secteur. En même temps, la nature du commerce influe sur le taux de commission. A tire d’exemple, les stations-service paient zéro commission, du fait de leurs faibles marges sur la vente de carburant.

Sous prétexte de la confidentialité de la grille des commissions, le Centre monétique interbancaire n’a pas souhaité donner suite à notre demande. Il s’est juste contenté de rappeler que «le CMI pratique en général une marge de 0,5%, qui vient en sus du coût de la transaction». Et que «les taux de commission sont au maximum de 3,5%». Nos recoupements ont permis de relever que de plus en plus de commerçants se plaignent du niveau des commissions.

Les freins à l’acceptation de la carte bancaire, en tant que moyen de paiement résideraient chez les commerces non structurés, qui privilégient le règlement en espèces et à la limite par des chèques libellés au porteur ou au nom personnel du gérant, explique-t-on au CMI. Autrement dit, une volonté non avouée de ne pas se conformer aux règles transparentes du commerce. N’empêche, que le taux de pénétration de la carte bancaire dans les paiements est plutôt satisfaisant. Le CMI l’estime auprès des magasins de franchises entre 30 et 35% et à 15-20% dans la grande distribution».

Le débat dépasse les frontières

Les plaintes des commerçants sur le niveau des commissions appliquées aux achats par cartes bancaires sont récurrentes. Dans l’Hexagone, le débat fait rage. La ministre de L’Economie a commandé une enquête parlementaire pour tirer au clair cet enjeu lourd de 3 milliards d’euros. Au Maroc, rien n’est fait dans ce sens, exception faite de la campagne de sensibilisation lancée en 2006 pour l’utilisation de la carte de paiement.

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