Il n’y aura vraisemblablement pas de bonne surprise d’ici la fin de l’année dans le microcrédit. Tout porte à croire en effet que les indicateurs ne repartiront au vert qu’en 2010, dans le meilleur des cas.
Toujours est-il que, malgré une situation «turbulente», les créanciers des Associations de microcrédit (AMC) marocaines n’ont pas retourné leur veste. Alors que les niveaux standard du ratio du portefeuille à risque (PAR- ce ratio est obtenu en divisant le total de l’encours des prêts affichant un retard de remboursement par le total de l’encours de tous les prêts) fixés dans les contrats de financement sont dépassés dans beaucoup de cas, aucune mesure coercitive n’a pour l’instant été prise. En vertu de ces contrats de financement, les AMC sont alors tenues, au mieux, de prendre les mesures qui s’imposent pour lutter efficacement contre les dépassements, au pire, de verser des pénalités au bailleur concerné. Mais comme nous l’explique un haut responsable chez un bailleur, il ne s’agit pas de réclamer des pénalités à une AMC qui est déjà dans une situation difficile.
Les principaux bailleurs de fonds internationaux du secteur au Maroc, comme l’Agence française de développement (AFD) et la Société financière internationale (SFI), ont simplement mené des visites de due diligence, visant à vérifier les informations fournies par les AMC et à optimiser leur gouvernance interne. Des comités de veille ont ainsi été mis sur pied.
Aucune demande de remboursement anticipé ne semble avoir été formulée du côté des créanciers. Ce sont les emprunteurs qui ont pris des initiatives en ce sens. «Nous avons remboursé par anticipation, suite à notre demande, des prêts dont les conditions ne nous paraissaient pas avantageuses», confie Mustapha Biddouj, secrétaire général de la nouvelle association Fondation Zakoura Chaâbi, issue de la fusion de la Fondation Banque populaire pour le microcrédit avec Zakoura.
Comme le résume Fouad Abdelmoumni, DG d’Al Amana, «les bailleurs de fonds internationaux sont concernés mais pas inquiets. Ils ont même contribué à une meilleure transparence». En d’autres termes, ils jouent le rôle d’accompagnateurs, rôle dévolu de fait à des structures de développement comme l’AFD et la SFI.
D’après les professionnels du secteur, les modèles de contrat n’ont ainsi pas connu de modification significative. Ainsi, à la SFI, on affirme que «l’engagement contractuel de la SFI n’a subi aucune modification. Bien au contraire, l’assistance technique et la collaboration ont été renforcées». De même, selon une étude menée par le Fonds Jaïda (voir focus), les taux d’intérêt finaux appliqués aux IMF n’ont pas subi de changements significatifs car la hausse des marges liées à l’augmentation du risque a été compensée par la baisse des taux de référence (Euribor par exemple).
Les banques nationales hésitent à prendre des risques
Le changement de comportement viendrait plutôt des banques de la place. Il y en a qui se sentent surexposées sur le secteur du microcrédit. Plus soucieuses de la qualité de leurs actifs qu’avant, elles prennent moins de risques. D’après un dirigeant d’une grande AMC qui n’avance aucun chiffre, les établissements financiers proposent des taux d’intérêt bien moins alléchants que par le passé.
Il faut dire que l’année 2009 a été marquée par une baisse significative de la croissance des portefeuilles des AMC. En effet, l’encours global du secteur est passé de 5,4 milliards de DH à fin décembre 2008 à 5 milliards en juin 2009, soit une baisse d’environ 7%, selon l’étude de Jaïda. Le PAR du secteur est passé de 4,77 à 9 %.
Il convient toutefois de noter que le taux des impayés ne peut représenter à lui seul la situation du secteur puisque le PAR à 30 jours est un ratio qui contient dans son dénominateur l’encours de crédit. Une baisse de ce même encours engendre une augmentation systématique du ratio. La baisse significative de la croissance est donc également mise en cause. Pour lutter efficacement contre un PAR élevé, il ne suffit pas de prendre les bonnes mesures en faveur du recouvrement. Il s’agit aussi de renouer avec la croissance. Ce que les AMC marocaines ont bien compris.
Focus :Des signes d’amélioration
Une étude portant sur les évolutions récentes du secteur de la microfinance à l’international et au Maroc montre que le secteur au Maroc présente des indices de meilleure santé. Cette étude repose sur différentes due diligences organisées dans les sièges et agences des différentes AMC et sur une enquête réalisée par le Fonds Jaïda en juillet 2009 sur un échantillon de 60 bénéficiaires. Ainsi, les agents de crédit interrogés par Jaïda ont fait part de leur appréciation sur l’année en affirmant qu’ils sentaient une reprise des activités à partir du mois de mai 2009. D’après eux, les travaux de récupération des impayés s’améliorent sensiblement. Ensuite, les dirigeants et agents de crédit affirment que la production de l’année 2009 est d’une bonne qualité grâce notamment aux mesures prises, comme la prudence dans les octrois et l’amélioration des procédures et le renforcement du contrôle. L’étude soutient également que l’existence de la centrale des risques, en renforçant la coopération entre les AMC, a fait que les bénéficiaires douteux ne peuvent plus profiter du manque de communication entre entités pour prendre des crédits ailleurs. Enfin, l’enquête révèle que le renforcement des capacités institutionnelles et l’amélioration de la coordination a eu un impact positif sur la qualité des portefeuilles.
















