La logistique est souvent définie comme « technologie de maîtrise des flux physiques de marchandises et d’informations associées que les entreprises expédient, transfèrent et reçoivent »; le terme de « technologie » incluant des techniques (moyens matériels), mais aussi des savoirs et pratiques organisationnelles. En fait, le pilotage des flux mobilise un complexe de technologies :
des technologies plus particulièrement centrées sur la gestion des flux physiques, d’autres sur la gestion des flux d’information associés.
Le couplage de ces deux catégories de technologies dans un espace organisationnel multi-acteurs fait partie des compétences-clés de la logistique.
Pour rendre compte de la place centrale occupée aujourd’hui par la circulation de l’information au sein d’une démarche logistique un bref rappel historique est nécessaire.
En effet c’est progressivement que l’attention s’est portée vers le système d’information. C’est d’abord le flux de marchandises qui a retenu l’attention des logisticiens. La logistique a fait l'objet d'une réflexion approfondie dans les entreprises au début des années 1970.
Kolb désigne, alors, la logistique comme une approche globale des problèmes posées par l'organisation et la conduite des opérations de transport, de manutention et de stockage permettant l'écoulement de flux de marchandises engendrées par les activités d'une entreprise.
Son sens s'est rapidement élargi pour inclure la programmation des opérations de production
de façon à assurer une gestion optimisée des flux de produits permettant au mieux de satisfaire la demande des clients.
C'est à une nouvelle approche de l'entreprise que nous convie la logistique en portant une attention toute particulière à la circulation des produits en privilégiant le pilotage par l'aval. Mais rapidement cette attention au flux des produits va amener les chercheurs et les praticiens à investir la boite noire qui commande ces flux à savoir le système d'information. Ainsi, par la suite, la logistique va devenir une technologie de la maîtrise de la circulation physique des marchandises, qui pour réaliser ses deux priorités de réduction des coûts et d'optimisation des niveaux de service, associe en un double mouvement un flux de marchandise régulé d'aval en amont par un flux d'informations. A partir des années 1990 la logistique parvient en phase de maturité, elle devient technologie de la maîtrise des flux d’information et de marchandise. Dans cette définition, les flux d’information deviennent premiers par rapport aux flux de marchandise.
En effet la logistique privilégie la transversalité intra-organisationnelle et inter-organisationnelle, et pour faire face aux turbulences de l’environnement, elle recherche l’adhésion de tous les acteurs. Ainsi poursuit Jacques Colin: « Les systèmes d’information et de communication logistiques prennent une ampleur considérable : en s’assurant de la maîtrise des interfaces entre acteurs, ils autorisent de multiples transactions qui conduisent leur intégration au sein d’un même processus. »
• la synchronisation des flux physiques et informationnels est reconnu comme le principe de base du processus logistique,
• c'est le flux d'information qui permet de piloter au sens large le flux physique,
• la maîtrise du système d'information devient un enjeu majeur pour la démarche logistique. Ainsi les progrès des systèmes d'information et de communication logistiques vont largement contribuer à l'évolution de la démarche logistique elle-même.
De nombreuses innovations logistiques telles que les flux tendus, le juste à temps, les circuits courts ont été permises par l'accélération et la fiabilisation des circuits informationnels grâce notamment à l'introduction d'innovations technologiques .
Cette attention portée au système d'information dans son ensemble a attribué une place privilégiée à la circulation de l'information précise Nathalie Fabbe-Coste: "L'échange d'information entre des unités qui représente la possibilité de faire circuler et de diffuser l'information au sein d'une organisation est une fonctionnalité qui prend une place grandissante en logistique puisqu'elle est nécessaire pour déclencher automatiquement des opérations, pour coordonner les intervenants ou suivre à distance le déroulement des opérations. De la vitesse souhaitée par le flux physique et de principes de pilotage physique adoptés découlent des attentes en matière de vitesse, de traitement et d'échange d'information ainsi qu'en matière d’actualité et de précisions des informations mises à disposition." Les nouvelles technologies de l'information via le développement de l'informatique et des réseaux de communication sont les moteurs puissants du développement de la logistique. Il s’agit alors de concevoir le système d’information logistique. Mais de quelle information s'agit-il? Quelle est la nature de l’information circulante entre les agents dans un processus logistique ? Une information qui tend à une certaine perfection ; elle est accessible, stockable, fiable, précise, diffusable...Dans tous les cas une information objective qui a des caractéristiques quasi-physiques puisqu’elle doit permettre la mise en route automatique des opérations. Il y a une transposition en logistique entre la façon d’aborder d’une part les flux physiques et d’autre part les flux informationnels. Les technologies actuelles de l'informatique permettent de tendre le flux d'information comme l'on cherche à tendre le flux physique en évitant les ruptures de charges informationnelles entre les différents acteurs. Un outil important dans la panoplie du logisticien comme le Kanban repose entièrement sur un système de carte de couleur qui est de fait un système d’information à même d'intégrer et de synchroniser adéquatement les transactions entre les différentes entités.













