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Immobilier. Tamesna victime de son ambition ?

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Clients mécontents, projets à l’arrêt… la ville nouvelle de Tamesna montre déjà des signes d’essoufflement. Et elle est loin d’être la seule. Le point.



Ce mardi 8 décembre 2009, Tamesna était parée de ses plus beaux atours. Cette ville nouvelle, érigée dans la périphérie de Rabat, a, l’espace d’une demi-journée, oublié ses déboires. Et pour cause, elle accueillait le ministre de la Jeunesse et des Sports, Moncef Belkhayat, venu inaugurer son premier terrain de sport collectif. Dans l’esprit des responsables de ce pôle urbain, cette cérémonie, organisée en grande pompe, est la meilleure manière de faire taire les rumeurs véhiculées, depuis plus d’une année, faisant état de grands retards dans la construction des infrastructures de la ville et dans la livraison des logements commandés, et pour la plupart déjà payés. L’un des plus grands chantiers de Tamesna, piloté par General Contractors Maroc, est arrêté pour cause de difficultés financières. En faillite, le promoteur français s’est retrouvé dans l’incapacité de livrer les 2000 appartements sur lesquels il s’était engagé avec Al Omrane Tamesna, filiale du holding public. Quelques semaines plus tard, le ministère de l’Habitat a proposé sa médiation dans ce dossier. A commencé alors un long processus de négociations, toujours en cours, pour trouver un nouvel investisseur à même de reprendre le chantier. En attendant l’aboutissement de ces négociations, près de 2000 familles se retrouvent dans le brouillard total. Constitués en association, “Tamesna D’abord”, elles menacent, si aucun accord n’est trouvé dans les semaines à venir, de porter l’affaire devant la justice.

Clients malheureux
Sont-ils les seuls ? Loin de là. Nombreux sont en effet les habitants de la capitale qui, découragés par la flambée de l’immobilier rbati, s’étaient rués sur cette nouvelle offre de logements. Les appartements proposés valent deux fois moins que dans le centre-ville de Rabat. Pour un appartement de moyen standing, les prix au mètre carré varient entre 6000 et 8000 DH (selon la finition) ! Une aubaine pour ces milliers de fonctionnaires qui se trouvaient jusque-là exclus du club des propriétaires. “J’ai acheté un appartement auprès de Marinador (NDLR : promoteur espagnol présent également au nord du pays) début 2008. Le bien fait 168 m2, vendu à 1,3 million de DH. Les premières livraisons devaient se faire durant l’été 2009, mais jusqu’à maintenant, je n’ai rien vu venir”, se plaint ce jeune Rbati. Même son de cloche auprès de ce quadragénaire, père de famille, qui a vendu son appartement de la capitale dans la perspective d’acquérir une villa semi-finie à Tamesna. Mal lui en a pris. Les délais initialement arrêtés dans son précontrat de vente sont dépassés sans qu’il n’entre en possession de son bien. Locataire depuis plusieurs mois, il prend son mal en patience en attendant la livraison tant attendue. Le projet, qui est présenté selon la littérature gouvernementale comme “une bouffée d’oxygène de Rabat”, est-il en train de prendre de l’eau ? Le président de l’Association Tamesna pour le développement et la solidarité (ATDS) tient à nuancer. “Comme dans n’importe quel grand chantier, des retards sont enregistrés, qu’ils soient à caractère procédural dus à la complexité d’obtention de l’autorisation de construire, ou de nature technique liés à la nature du projet”, précise Miloud Hachimi. Ce futur habitant de Tamesna explique que l’objectif de l’Association, qui compte 300 affiliés, est de créer une courroie d’échange avec les autorités publiques, en l’absence d’élus représentant la nouvelle entité urbanistique. “Nous représentons ces citoyens marocains qui habiteront la ville et qui veulent accompagner toutes les étapes de sa construction”, conclut-il.

Vision 2020
Et ces Tamesnaouis seront de plus en plus nombreux au fil des mois. A fin novembre, ils étaient 633 familles à y habiter effectivement. 2300 autres ménages ont reçu les clés de leurs logements, réalisés par deux grands promoteurs nationaux, Addoha et le holding Al Omrane. Les premières semaines de 2010 verront en outre la livraison de 202 villas construites par le même Al Omrane. “Et ce n’est que le début. N’oubliez pas que Tamesna n’a que deux ans et demi. Après une aussi courte vie, je peux vous assurer que les différents chantiers sont même en avance”, souligne pour sa part Lamia Kadiri, directrice d’Al Omrane Tamesna. Et la responsable d’énumérer l’état d’avancement des infrastructures, in-site et hors-site de la ville nouvelle. Il y a d’abord ses grandes fiertés : le réseau de téléphonie et les conduites d’eau potable installés à 100 %. Viennent par la suite les voiries d’assainissement, l’électrification, notamment publique, installées à 98 %. Quant aux deux voies d’accès à la ville, prévues par le projet initial, la première (reliant à l’autoroute Rabat-Casablanca) est en cours de réalisation et sera achevée au début de l’année prochaine. La seconde relie déjà Tamesna et Temara, “mais un projet de dédoublement est prévu d’ici à 2011”. Lamia Kadiri précise, non sans satisfaction, qu’un accord vient d’être conclu avec le ministère de l’Equipement pour la construction d’une troisième voie entre Tamesna et Hay Ryad. “Les travaux démarreront en 2010”, précise la directrice. Quant au grand manque enregistré dans les équipements sociaux, Lamia Kadiri balaie toutes les critiques d’un revers de la main. Deux écoles publiques ont ouvert leur porte l’année dernière. Une crèche privée accueille ses petits occupants depuis trois mois. A ceci s’ajoute un centre commercial, deux agences bancaires, des agences de l’ONE et de l’ONEP et une brigade de la gendarmerie. “Même le service de ramassage des ordures ménagères est assuré”. “En février prochain, un centre de santé, deux écoles primaires et un collège ouvriront leur porte”, ajoute la responsable. Bref, à l’entendre, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. A quoi peut-on alors imputer les retards enregistrés ? A cette question, un haut responsable du ministère de l’Habitat répond : “Ils sont inhérents à la nature du projet. En lançant Tamesna, le ministère s’est engagé sur 15 années. Ne venez pas critiquer un projet qui n’est qu’à ses débuts”. Alors, tous ceux qui ont décidé de s’y installer ont fait un grand pari sur l’avenir. Tamesna, ce ne sera pas véritablement une ville nouvelle avant 2020.

Projets. Quid des autres villes ?
Parallèlement à Tamesna, le gouvernement a lancé, depuis 2004, sept villes nouvelles à travers le royaume. Il s’agit de Tamansourt, aux abords de Marrakech, Tagadirt à Agadir, Lakhyayta et Zenata à Casablanca, Laroui à Nador et Melloussa à Tanger. Une huitième ville est dans le pipe : Saïs près de Fès. Toutes, et de l’aveu même du ministère de l’Habitat, connaissent quelques difficultés. A commencer par la plus vieille, Tamansourt, qui souffre d’habitat insalubre ! En effet, un noyau de constructions illégales s’y est installé et la procédure de délogement des résidants est loin d’être facile. Pour la ville du Souss, sa proximité avec une forêt d’arganier complique l’expropriation des terrains concernés. Idem à Lakhyayta qui, pendant deux ans, a trébuché sur ce problème de foncier. L’autre ville nouvelle casablancaise, la seule à être confiée à la CDG, connaît le même problème causé par l’existence de près de 8000 baraques sur le site choisi. Seules les deux villes de Laroui et Melloussa s’en sortent plutôt bien, mais elles n’ont toujours pas accueilli leurs premiers habitants.

 

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