Start-up en 1995, référence internationale aujourd’hui. En moins de dix ans d’existence, HPS bouscule les géants de la monétique à l’international. Son histoire est celle d’un champion qui s’est fait tout seul…
Hightech Payment Systems s’apprête à entrer en Bourse. Ce sera la première société de technologie à rejoindre le club encore sélect des sociétés cotées. Une alchimie de compétences une prise de risque et surtout ….une idée gagnante, les ingrédients qui ont contribué à confectionner les contes de fées à la Silicon Valley ont donné naissance, dans les ruelle du quartier Mâarif à Casablanca, à une référence internationale.
Les compteurs à zéro
Le grand saut, Mohamed Hourani le fera du haut de son fauteuil de Directeur Général de la société de monétique S2M en novembre 1994. Il est alors patron de cette entreprise qui fait sensation dans le microcosme économique de Casablanca. La monétique, les cartes à puce…c’est encore de la technologie d’avant-garde au Maroc. L’émergence de la nouvelle économie bourdonne à peine aux Etats-Unis. L’industrie des paiements électroniques est née au milieu des années quatre-vingt, beaucoup reste à faire dans le domaine «Nous disposions d’une expertise solide dans le paiement électronique, d’une bonne connaissance du marché international…..et nous étions persuadés qu’il fallait entreprendre», explique-t-il. Après dix années de bons et loyaux services, il démissionne, lui et trois autres cadres de S2M, avec l’ambition de faire mieux, d’aller plus loin…
La période de cogitation ne durera pas longtemps. Mohamed Hourani, Abdeslam Alaoui, Driss Sebbah, Samir Khallouqui fondent HPS dans les mois qui suivent leur départ. «Dès le début, les idées étaient très claires, rappelle M. Hourani. Nous avions décidé de rester sur notre niche». En technologie, exister c’est innover. Il fallait donc un produit qui ferait la différence. Leur statut de pionniers dans l’industrie du paiement électronique à S2M leur assure une crédibilité dans le milieu, c’est une rampe de lancement pour un produit qui reste à concevoir. Entre-temps, quatre autres spécialistes rejoindront le tour de table…
Une idée et 250 000 Dh… Le créneau est porteur mais on en est encore aux balbutiements de la nouvelle économie, à quelques années du déversement des financements sur les “dot.com”… Il faut faire avec les moyens du bord. La société HPS est constituée avec un capital de 1 million de dirhams. Faute de moyens, seul le quart de ce capital sera libéré. Et c’est avec 250 000 dirhams que les fondateurs partent à l’assaut des marchés internationaux ! Penser, développer, produire et proposer un logiciel compétitif nécessite du temps. Dans une industrie de production intellectuelle, où quatre-vingts pour cent des collaborateurs sont ingénieurs, le temps, c’est de l’argent. Pour assurer les salaires, les fondateurs descendent de leur piédestal. Animer un séminaire pour 120 000 dirhams, réaliser une étude pour le GPBM pour un cachet de 500 000 dirhams, des petits boulots pour ces anciens cadors du paiement électronique. Mais des petits boulots qui permettent à la mécanique de se mettre en place, de commencer à tourner, aux ingénieurs de plancher sur l’essentiel : le produit. La première année est bouclée dans la douleur, avec un maigre chiffre d’affaires de 700 000 dirhams. Milieu des années quatre-vingt-dix, la croissance mondiale couve des industries appelées à exploser : télécommunications, Internet…, un nouveau modèle économique se dessine. Au Maroc, l’économie émerge du programme d’ajustement structurel, le taux de bancarisation ne dépasse pas les 20%, le secteur de la téléphonie est appelé à se privatiser…bref, le contexte est porteur pour l’activité de HPS. «Le raisonnement est simple. Pour nous, il ne s’agit pas d’un GAB, mais d’un point de service». Dès le départ, les fondateurs prennent conscience qu’un logiciel de paiement électronique réussi doit être souple dans son utilisation, modulable dans son application. HPS définit alors son métier comme «Un fournisseur de solution de paiement électronique multicanal». Décryptage : Par solution, on entend éditeur de logiciel, par multicanal, un logiciel adaptable à un usage multiple qu’il s’agisse de guichet bancaire, de terminal de paiement chez un commerçant, d’Internet, de mobile ou de télévision intéractive…. C’est parce que le logiciel de HPS est directement installé chez les opérateurs de télécommunications que les recharges téléphoniques sont possibles dans les guichets automatiques.
Powercard, le sésame pour la réussite Cette définition du produit est à la base du succès de la société. HPS tient son concept, il lui reste à le développer. «Au début, on a fait le jeu des grands en agissant par des coups d’annonce, avoue le président. On a conçu un produit de manière globale mais on l’a réalisé module par module ensuite». Les temps sont durs, l’adversité stimule la créativité. Dans les mois qui suivent, l’idée se développe. Le produit final s’appelle “PowerCard”. Pour ratisser large, le produit tourne sur plusieurs marques différentes, qu’il s’agisse de IBM, HP ou Sun. Dans une industrie où la standardisation fait rage, le choix de la technologie fait la différence. Rien n’est laissé au hasard, l’aventure commence…. Les fondateurs sont confiants, ils voient en “PowerCard” leur sésame pour la réussite. L’équipe de départ s’est enrichie d’un profil pointu : Abdelmajid Himdi, spécialiste incontesté en GAB au Maroc. L’association s’avérera fructueuse. Le produit est proposé dans sa première version au secteur bancaire local. La Société Générale est séduite par le concept. La banque teste le produit avec succès. Le 29 février 1996, le premier contrat est signé. Le produit tourne bien, il se vend bien aussi. Le plébiscite du secteur bancaire sort la société de la zone de turbulences. Les indicateurs sont au vert dès la deuxième année. Le marché est porteur au Maroc, mais les ambitions ne sont pas encore assouvies ; le produit a encore du potentiel à exprimer. HPS s’implante...et s’exporte. La même année, les hauts cadres de la start-up marocaine vont chasser sur les terres des grands noms de la technologie. Le petit poucet marocain décroche un contrat avec la Bank Of Koweit. Les portes du Golfe s’ouvrent, le produit fait recette.
Mise sur orbite
Une année plus tard, HPS est sur orbite. Le lanceur ? Un contrat de 25 millions de dirhams avec le géant américain NCR Corp. «Les collaborateurs sautaient de joie dans les couloirs», se rappelle le président. En 1999, la société soumissionne pour un marché à Chypre. Elle remporte le contrat sous le nez du N° 1 mondial “ACI”. Le deal affranchit les collaborateurs, encore réticents, du complexe d’infériorité technologique vis-à-vis des firmes internationales. «C’était un sentiment réel, mais qui représentait une source de motivation pour les troupes. Nous savions ce que nous faisions, mais il fallait se faire une place sur le marché international». une place, mais surtout un nom
La Start-up a réussi. Il lui reste à accoucher d’une structure solide. «La phase d’opportunité était consommée, explique ce haut cadre, nous devions repenser notre organisation pour accélérer la croissance». La polyvalence a été décisive pour se lancer à moindre coût. Jouer dans la cour des grands a poussé vers la spécialisation des métiers dans la société. C’est la conclusion du bilan des cinq premières années d’existence.
Le virage sera bien négocié, les ressources humaines renforcées et les résultats ne se font pas attendre. En 2001, Nilson Report, newsletter de référence du secteur, classe HPS parmi les 20 premières sociétés de paiement électronique dans le monde. Le succès accroît la pression sur HPS qui décide, pour pérenniser la supériorité de son produit, d’améliorer ses performances. Augmenter la capacité, améliorer les délais de traitement et optimiser les coûts de maintenance. L’effort donnera naissance à PowerCard II. Une année plus tard, en août 2002, la société marocaine est à l’honneur sur le site du géant américain Oracle. Un communiqué fait l’éloge du développement en commun d’un produit de paiement électronique «performant, sécurisé et fiable…..qui s’est traduit par des contrats avec des clients de référence européenne comme Diners Club». Le système de paiement marocain gère désormais les transactions de la carte de crédit dans neuf pays européens… L’association avec Oracle servira de levier pour l’accès aux marchés internationaux. «La technologie Oracle permet à PowerCard d’exprimer ses performances dans des piques d’utilisation». Ce n’est qu’un communiqué pour Oracle, mais une publicité et une caution sans prix pour HPS. Visa et MasterCard suivront... La Société Générale retient la solution HPS dans six pays africains. Au final, la société créée en 1995 s’exportera dans 16 pays africains, 8 asiatiques et surtout sept centres de paiement nationaux et régionaux…. Une référence est née.
Le G8 & Le capital risque Pour financer leur croissance exponentielle, HPS est acculé à ouvrir son capital en juin 2002. Deux fonds de capital risque, Upline Technologie, de la banque d’affaires du même nom, et Accès Capital Atlantique, gérée par la CDG, injectent 20 millions de dirhams pour 12.5% du capital chacun. «Nous suivions la société depuis un moment. Nous l’avions approchée quelques années auparavant mais le deal n’avait pas abouti», précise Mohamed Mekouar, Fondateur de Upline. L’association n’est pas le fruit du hasard. Deux des fondateurs de la banque d’affaires se sont fait les armes chez Nixdorf et NCR, deux sociétés de référence dans l’industrie de la monétique. Le banquier d’affaires se réfère aux huit associés historiques en parlant de G8, «Ils sont complémentaires, c’est la synergie des compétences qui fait leur succès». L’arrivée des nouveaux actionnaires intervient à un moment crucial. L’année d’après, le secteur accuse les contre-coups du 11 septembre, L’impact vient s’ajouter à la déflagration de la bulle Internet une année auparavant. Les investisseurs ne font pas dans le détail : la technologie dans son ensemble paiera la facture…
Nervosité des bailleurs de fonds «C’était une année difficile, les résultats annoncés dans le business plan n’étaient pas au rendez-vous», se rappelle M. Mekouar. Les bailleurs de fonds clôturent la première année dans la douleur mais ne paniquent pas pour autant. «Il fallait prendre une décision cruciale, maintenir ou geler les programmes d’investissements. Le débat était houleux au conseil d’administration», se souvient le président. «Les avis étaient partagés, les actionnaires historiques n’avaient pas campé sur les mêmes positions, certains penchaient pour l’attitude des capital risqueurs», dixit M. Mekouar qui reconnaît que «Le débat était ouvert, ça n’a jamais été le G8 contre les bailleurs de fonds». Finalement, les partenaires décident de parier sur une reprise et maintiennent le programme d’investissement. HPS s’implante à Dubai Internet City «un étage au dessous d’Oracle», s’amuse à répéter M. Hourani. Trois années plus tard, la filiale émiratie réalise plus du tiers du chiffre d’affaires de la société.
L’économie marocaine bat alors au rythme de la politique de champion national prônée par AttijariWafabank. HPS est approchée par les équipes de la banque pour fusionner avec ses consoeurs marocaines. «Les banquiers n’y sont pas allés de main morte ; la pression sur HPS était palpable», affirme une source proche du dossier. Le management de la société se contentera de confirmer l’information en précisant qu’ «après analyse de la situation, l’option de fusion avec une société concurrente nous paraissait prématurée»…
Dans la foulée, une première offre sérieuse est posée sur la table, une opportunité pour les investisseurs de se retirer avec une plus-value conséquente. «Elle était supérieure au prix qui sera proposé pour l’introduction en Bourse», précise un partenaire. Après la douche froide de 2003, la tentation est réelle, mais l’ensemble des actionnaires sont confiants, assez pour rempiler pour quelques années de plus. La mise sur le marché se fera par cession mais une cession partielle. Les rumeurs indiquent que Upline Technologie gardera une fraction du capital. Quand au président, il aura pour seul commentaire «Ce n’est qu’un début»...
















