La période de croissance à deux chiffres du crédit à la consommation relève de l’histoire. L’activité pâtit aujourd’hui des incertitudes autour de la reprise économique, notamment au niveau des secteurs tournés vers l’export. Loin de vivre dans une bulle en dehors du marché international, les opérateurs anticipent les répercussions des plans d’austérité, mis en place un peu partout en Europe, sur le marché marocain. Autant dire que les prévisions pour cette année sont loin d’être optimistes. «2010 sera un exercice positif si nous réussissons à stabiliser la croissance», relève Laila Mamou Beqqali, présidente du directoire de Wafasalaf. C’est la période des vaches maigres, quand on sait que 2009 avait été une année décevante pour le secteur, avec une nette décélération de l’activité.
Au terme du premier trimestre 2010, les encours se sont chiffrés à 38,7 milliards de DH contre 36,5 milliards sur la même période 2009. Une évolution en trompe-l’œil, puisqu’elle cache la baisse de la production. Celle-ci recule de 2,3% à 3,6 milliards de DH à fin mars. Par segment, le crédit automobile chute de 11% contre une hausse de 4% du prêt personnel. Il faut voir derrière ces chiffres le durcissement des conditions d’octroi de crédit. Une conséquence de la forte hausse du risque en 2009. D’ailleurs, la tendance est toujours à la hausse à fin mars puisque les créances en souffrance sont passées de 4,4 à 4,8 milliards de DH, soit une hausse de 9%. Même si la remontée du risque n’a pas mis en péril l’activité, «le mot d’ordre cette année est de le ramener à un niveau acceptable», indique Abderrahim Rhiati, directeur général de Eqdom. Cela s’est traduit par une sélection plus stricte des dossiers. Ainsi, les volumes traités au cours des trois premiers mois de l’année reculent à 129.350 contre plus de 130.000 l’année dernière.
Cette baisse trouve également sa source dans le renforcement des instruments de contrôle de la solvabilité des clients. En plus du système d’aide à l’appréciation du risque (SAAR), s’est ajouté, depuis janvier 2010, le crédit bureau, une sorte de «casier judiciaire» qui répertorie l’ensemble des engagements des clients aussi bien au niveau des banques que des sociétés de crédit à la consommation. «Le crédit bureau est dissuasif. Avec cet instrument, le client ne peut plus faire le papillon», relève Mostafa Melsa, délégué général de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF). Jusqu-là, les informations sur l’endettement des ménages sont assez opaques. La réglementation est assez claire concernant les fonctionnaires. Ils ne peuvent plus contracter de crédit en dessous d’un minimum à vivre de près de 2.000 DH y compris les allocations familiales. Pour les autres catégories de personnes actives, les limites sont encore loin d’être définies. De l’avis de Mamou Beqqali, «un ménage qui a déjà son logement peut atteindre un taux d’endettement de 55% y compris le crédit immobilier. A contrario, il ne devrait pas dépasser 40%».
L’encours des crédits à la consommation des fonctionnaires s’est établi, à fin 2008, à 12,9 milliards de DH soit un taux d’endettement global de 8%, rapporté à la masse salariale.
Globalement, le taux d’endettement des ménages ne dépasse pas 35% pour les revenus inférieurs à 3.000 DH. Ce niveau est ramené à 6% pour les tranches de salaires supérieurs à 20.000 DH. Par contre, la tendance s’inverse au niveau du risque. Le taux des créances en souffrance atteint 26% pour les revenus supérieurs à 20.000 DH contre 13% en dessous de 3.000 DH
Après le salon de l’automobile, la période des vacances est sujette à une forte demande de crédit. Un intervalle de 3 mois qui a priori devrait donner une nouvelle tendance du marché du crédit conso. En attendant, les opérateurs misent sur l’effet coupe du monde de football pour relever la production.
Ventes de véhicules en berne
FACE à la baisse des ventes de voitures neuves enregistrée depuis le début de l’année, le salon auto est l’événement à ne pas manquer, aussi bien pour les concessionnaires que les sociétés de crédit conso. Même si l’impact du salon est généralement attendu 2 mois après sa tenue (du 14 au 23 mai), les premières statistiques révèlent la vente de 6.500 à 7.000 véhicules. Il n’en faut pas plus pour que certains opérateurs tirent les premières conclusions.
«Le salon n’a pas été à la hauteur de nos attentes», souligne Abderrahim Rhiati, directeur général de Eqdom. «Il n’y avait pas d’offres exceptionnelles sur les prix cette année. S’y ajoute également la hausse du dollar qui a impacté les prix proposés pour les voitures asiatiques», ajoute-t-il.
















