Un seul point de l’ordre du jour a monopolisé les débats du Comité de direction de l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE), réuni jeudi dernier à Casablanca: le préfinancement des exportations. L’heure est grave car le mécanisme est quasiment à l’arrêt. La situation est telle, que le Comité de direction de l’OCE, qui était pourtant en hibernation depuis 25 ans, a dû se résoudre à une réunion d’urgence. Cette instance est composée de 8 membres représentant à parité producteurs (agrumiculteurs et maraîchers) et administration représentée par les départements des Finances, du Commerce extérieur, de l’Agriculture et des Affaires étrangères.
Les faits. Il s’agit de la mise en œuvre du pilier II du Plan Maroc vert. Ce dernier cible l’accompagnement des petits et moyens producteurs via l’agrégation de la production à la commercialisation. Or, l’OCE qui est lui-même un agrégateur de petits et moyens agriculteurs se trouve dans l’incapacité de leur débloquer des avances pour le financement de l’export. Le ministère des Finances oppose son veto, en attendant que soient mises en œuvre les recommandations du rapport explosif de l’IGF sur l’OCE. Résultat, l’Office ne peut prétendre aux financements nécessaires pour accorder les avances à ses agrégés pour qu’ils puissent faire face aux frais de cueillette et du transport. Voilà qui va encore accroître la méfiance de petits agriculteurs envers le dispositif d’agrégation, un des piliers du Plan Maroc vert.
Pourtant, cet engagement est expressément énoncé dans les conventions passées avec les producteurs et validées par le ministère de l’Agriculture. Bien plus, il s’agit d’un modèle généralisé à l’ensemble des conventions d’agrégation. Dans le cas des agrumes, les conventions prévoient le préfinancement à la fois de la production et de l’exportation. «Les avances en début de campagne varient entre 3.500 et 5.500 DH/ha et au démarrage de l’exportation, 1 DH/kg», pour les agrumiculteurs du Gharb et de l’Oriental. En outre, l’agrégateur, c’est-à-dire l’OCE dans le cas d’espèce, «doit faciliter à ses agrégés l’accès au financement auprès des institutions de crédit. Cela veut dire se porter garant auprès de ces dernières. Ceci, sans oublier les autres prestations qu’il doit assurer, notamment la collecte et la réception de la production, le transport et la valorisation dans la station de conditionnement. Et, au-delà, les frais d’approche à l’exportation. Autant d’opérations qui nécessitent des préfinancements et qui se trouvent donc en panne.
«Mais de quelles garanties l’Office peut-il se prévaloir devant le système bancaire quand le ministère des Finances lui refuse le parapluie?» s’interroge un agrumiculteur du Gharb. Pour rappel, l’OCE est agrégateur de petits producteurs d’agrumes, du maraîchage, de produits biologiques et autres produits du terroir. En somme, les niches ciblées par le volet solidaire du Plan Maroc vert. D’où les appréhensions de ces petits agriculteurs qui n’hésitent pas à mettre en cause le schéma de l’agrégation. A tel point que certains s’estiment exclus de la nouvelle stratégie agricole. A leurs yeux, cette dernière cible surtout les gros agriculteurs. D’autres pointent du doigt le lobbying des groupes exportateurs qui redoutent, selon eux, le retour d’un établissement public fort et restructuré.
Mais, au-delà, c’est la phase critique de 2002 à 2008 qui continue de peser sur le devenir de l’Office. Période, faut-il le rappeler, sanctionnée par un rapport accablant de l’Inspection générale des finances (IGF). D’ailleurs, est-il signalé du côté de la tutelle, c’est le nouveau management qui a demandé l’audit de l’IGF pour lever le voile sur la gouvernance qui a prévalu durant cette période avec tous ses déboires de liquidation des biens de l’Office.
La direction générale de l’OCE s’est refusée à tout commentaire à propos du rapport qui lui a été remis en mai dernier. Elle affirme toutefois que « les griefs de l’Inspection générale des finances sont pris très au sérieux et traités avec responsabilité, afin de rétablir l’Office dans ses droits».
En attendant, l’Office affronte une cascade de démissions des cadres fraîchement recrutés parce qu’ils n’ont pas été payés. Certains parmi eux ont décidé de poursuivre l’Office en justice. Alors que d’autres attendent le passage du contrôleur des Finances pour un visa de leurs émoluments. L’Aïd est toute proche.



















